dimanche 8 mars 2009

Le paladin et la sorcière

Le paladin c’est moi, chevalier de Dieu,
Sauveur de veuves et d’orphelins, je suis preux.
Epaules carrées et longue épée, je suis impétueux,
Fonceur, positif et un soldat valeureux.
Erudit et lettré, de tout je suis curieux
Et mon intelligence me rend bien orgueilleux.
J’aspire à aider, d’altruisme j’ai fait le vœu,
D’être estimé aux yeux des autres désireux.
Aujourd’hui je ne chante plus la sérénade
Je vais vous conter une bien triste ballade.

J’arpentais la forêt pour y rendre la loi
Quand dans la nuit je vis au loin des feux de joie.
M’approchant je découvris une foule en liesse,
La fête battait son plein en toute allégresse
Au cœur d’une atmosphère enfumée par l’encens,
Les gens autours du foyer riant et dansant.
Nulle magie néfaste, voilà qui est rassurant.
Je me joignis à eux et cessai d’être pédant.

Tout à coup apparu sous le ciel étoilé
Une sorcière parée à m’ensorceler
Nous rejoignit et fit vite partie de la bonne ambiance.
Si bien que peu à peu s’évanouit ma méfiance.
Nous conversâmes en faisant fi de nos différences.
Par notre connivence se réduisit la distance.
A ma surprise nous échangions avec aisance.
Est-ce cela l’inconnue magie de l’attirance ?
Elle n’est pas si hérétique que je le redoute,
C’est une bien bonne magie. Je souhaite qu’elle m’envoute.

- Dis moi, tu n’as pas l’air d’avoir peur, paladin ?
- Le mal ça me connaît. Vous êtes quelqu’un de bien.
- Ah je vois. Tu es adepte de la concordance.
- Si vous le croyez, m’accorderez-vous cette danse ?

Ces paroles vinrent se mêler à notre chanson
Dont nous entonnions le refrain à l’unisson.
Dans la chaleur, je regardais ma cavalière.
Et ses cheveux roux turbulents comme le lierre.
Le feu brûlant se reflétait dans ses yeux verts
La transformant en une mystérieuse vipère.
Dans notre tendre étreinte, je me surpris à rêver.
De ses vieux démons elle pouvait être sauvée !
Elle venait d’éveiller mon ancienne ardeur
Je ne reculerai devant aucun labeur.
Ce devait être bien difficile ? A la bonne heure !
Je me promis de faire ressortir sa valeur.
Je me sentais capable de mener notre destin
Même si cela était traverser un ravin.
J’aurais tout donné pour pouvoir tisser des liens,
Espérant la ramener dans le droit chemin.

Mais pour l’heure, le contrat se passait de tout gage.
Nos voix laissèrent place à un tout autre langage.
J’oubliai le regard de la populace
Et mes convictions religieuses, je l’embrasse.
L’instant prenant fin, il fallut que je la laisse
Nous nous quittâmes complices, les yeux pleins de promesses.

Peu après je reçus chez moi une missive
M’annonçant que chez elle je serai le convive.
Nous avions déjà échangé bien des fous-rires
Mais j’avais encore bien des choses à lui offrir.
Me remémorant les sentiments éprouvés
Très impatient j’étais de la retrouver.
Aussi légère se fit mon appréhension
Je me présentai à sa rencontre sans pression.


La forêt de la fée était sacrément sombre.
Les arbres projetaient à perte de vue leurs ombres.
En ce drôle de lieu, je rencontrai en chemin
Sylphes, satyres, trolls et minotaures, curieux bovins.
De l’étrange cet endroit est vraiment le musée.
Le jeu vaut le coup, je décide de m’en amuser.

Je parvins à l’orée aux airs de cimetière
Où mon aimée affichait un sourire austère.
Dans mon dos les minotaures me firent prisonnier,
J’étais comme englué dans une toile d’araignée.
Pendant que les bêtes me retenaient en otage,
Mon hôte me délesta du reste de mes bagages.
Elle me dit que nous deux, c’était un mauvais un sort,
Que rien n’y ferait, que malgré tous mes efforts,
Notre amitié serait bientôt révolue.
Le bout de route fait ensembles lui avait déplu.
Cette fée là était dépourvue de sentiments
Et notre belle complicité n’était que du vent.
Tout cela je venais d’apprendre à mes dépends.
Ainsi donc étais-je tombé dans son guet-apens.


- Il m’avait semblé que nous deviendrons camarades.

- Par pitié, cessons tout de suite cette mascarade.
A mes yeux les mâles se résument à leurs bourses.
Ya pas à chier, moi les hommes je les détrousse.
Dans ce monde où rien ne me plait, je le confesse,
Les seuls que je puisse aimer, ce sont mes fesses !
Tu étais un bien bel oiseau, cela est vrai.
Mais tort tu as eu de sans calcul te livrer.
Bon tu es, je ne le nie, mais bien trop naïf.
Te plumer et te déjouer fut récréatif.
Quitte ma forêt, tu n’es plus le bienvenu.
A tes fins jamais tu ne serais parvenu.
Tu n’es pas un paladin, juste un être humain,
Ce qui pour moi n’est pas la moitié de rien.


- Ce que je pensais de vous, je l’assume quand même,
Souffrez seulement que je vous déclare « Je t’… »

- Chut, pas un mot de plus ! Tu ne m’intéresse pas !

Sur ces mots, je tentai de la prendre par le bras.
Mais elle se dérobe et mon épée elle me vole
Avec élégance déploie ses ailes et s’envole.

- Cours toujours, paladin ! Sans rire, je t’ai bien eu !

Sur ces mots disparut la fameuse ingénue.
Devant ma stupéfaction, je tombais des nues !
Je n’imaginais pas une fin si convenue.
Démuni, ébranlé, et tout à mon dépit,
A grande hâte mon monastère je rejoignis.
Pour avoir choisi un être si détestable
Je me mis à me haïr, quel incapable !
La lune fut seule témoin de mon grand désarroi
Confirmant que des imbéciles, j’étais le roi.


Ce matin là, j'émerge avec la gueule de bois.
Je m'éveille tout seul ; personne, sans toi, sans toit.
Ce matin, je ne ressens rien qu'un vide profond,
Et dans ma tête, il n'y a rien que du plomb.
La magie, c'est fini, le rêve va prendre fin.
Je m'en vais revenir à des affaires sans fin.
Cette fée n'était qu'une vilaine sorcière,
Croire le contraire était une erreur grossière.
Bien puni je suis, la sanction est sévère.
Passer outre c'est désormais tout ce que j'espère.
Mais dans mon échappée pour fuir la sorcellerie,
La traitresse me rattrape, et de moi elle se rit.
Ce succube des ténèbres me fait horreur.
Je dois le coincer, il en va de mon honneur.
Point de salut pour moi dans la dérobade,
Je dégainai, prêt à porter l’estocade.
Puis je me dis que le sort pour une femme vénale
Etait que je la traine devant un tribunal.
De m’y suivre avec courtoisie je la somme,
Devant un nouveau refus d’elle, je l’assomme.
J’étais redevenu un bon inquisiteur,
User de ma virile poigne ne me fit point peur.
Sans plus tarder, je m’employai à l’attacher,
M’en allai poser ma belle dormeuse sur le bûcher.


Revenant à elle, elle cria avec effroi :

- Idiot, mais qu’as-tu fait ?! Tu n’avais pas le droit !

- Libre vous étiez de me duper, de tout gâcher,
Libre à moi de vous enchaîner à ce bûcher.
Allez donc au service réclamations du diable,
Ainsi nous quitterons-nous à l’amiable.
Dans mon ire, mon désir fut de vous pourfendre.
A quoi bon ? Vous ne serez bientôt que des cendres.
Je vous oublierai, espérant ne plus vous revoir.
Votre mort nous gardera de nous décevoir.
Vous vous moquâtes de moi, vous me crûtes innocent,
Or je suis un homme d’armes, j’adore le sang.
Paladin je suis, n’œuvrant que pour la Justice.
Je vous détruis pour que cessent vos maléfices,
Et que jamais plus n’agissent vos artifices.
Au moins aurais-je appris à contrer la malice.

- Remerciez-moi donc, mon bon et doux seigneur !

- Certes, grâce à vous, je reconnais mes erreurs.
Que Dieu à jamais me protège des femmes,
La foi et le célibat sauveront mon âme.

- Paladin abruti, ce que tu es niais !

- Si vous le dites, il fallu bien que ce soit vrai.
Je vous renvois dans le néant d’où vous venez.
Là-bas, votre sort ne pourra m’importuner.

- Ce que tu crois, mon fantôme te hantera !
De pas m’avoir affrontée, tu regretteras.
Mon souvenir fera tout pour te déplaire,
Tu ne peux brûler ma magie de sorcière,
Maudit tu es, tu ne pourras point t’en défaire !

- Ainsi soit-il, nous nous reverrons en enfer.
Je vous confie aux mains de mon bon ami le feu,
Mais sachez qu’au fond de moi, je n’ai qu’un seul vœu…

Qu’il pleuve.

mardi 3 mars 2009

Les rêves mentent-ils ? Épisode 50

Saint Médard-en-Jalles, le 27/02/2009



Cette fois-ci me voici exerçant une honorable profession libérale que je ne parviens pas à préciser. Ce qui me fait dire cela est que j’occupe un luxueux cabinet parisien tapissé de cuir comportant deux pièces : une salle d’attente et mon bureau de consultation que je ne « visiterai » que brièvement, la suite le dira.
Ce local se situe au plus haut étage d’un immeuble à l’architecture rétro et aux vieilles pierres, typique de ce que j’ai pu connaître quand j’habitais encore la capitale et que j’accompagnais, enfant, ma mère chez le dentiste.
L’escalier en colimaçon est également recouvert d’un vieux tapis qui fait très vieil immeuble intra muros.

Mais pour l’heure, je suis oisif et détendu, m’étirant dans ma salle d’attente. Le soleil traverse les deux fenêtres, il fait beau à Paris. Je prends le temps de souffler, sûrement en attente d’un client/patient en retard.

Puis, pour une raison que j’ignore, l’envie me prend d’ouvrir la fenêtre de droite et d’y passer la tête. C’est avec horreur que j’aperçois un crochet de grue me filer droit dessus. Dans un réflexe « intellectuel », je me rappelle de tous les cas de « person jacking » ayant eu lieu les derniers jours à Paris, et me vois déjà en une du prochain quotidien : « Encore un cas de person Jacking à Paris, monsieur G. enlevé ».

Je refuse. Ce ne sera pas moi. J’ai à peine le temps de voir l’hélicoptère qui allait me saisir dans ses serres tel un rapace enlevant un agneau, que je roule déjà pour éviter la griffe mortelle. Les bris de verre envahissent la pièce. Dès que la pluie cesse, je me relève promptement, et entends du bruit dans le couloir. Je me précipite vers mon bureau, quand deux commandos au drôle d’attirail lourdement armés font irruption en démolissant la porte. Je referme la lourde porte de bois sombre à deux battants au moment où ils ouvrent le feu sur moi. Je traverse sans tarder le bureau pour rejoindre le couloir, étonnement vide, et m’affaire à descendre les escaliers. Mes poursuivants continuent à me doucher, et je remercie les dieux qu’ils visent comme des manches.

Après quelques dérapages contrôlés et une course de survie effrénée sur tout un étage, je me dis que mes jeunes agresseurs finiront par rattraper mon vieux corps déjà au moins quarantenaire. Sans plus tergiverser, j’enjambe athlétiquement la rambarde et me jette dans le vide ! Je vois défiler au moins quatre étages avant d’amortir ma chute en me saisissant de la rambarde du premier, avant de me poser presque doucement au rez-de-chaussée. Visiblement, mon comportement a surpris mes adversaires qui ne reprennent la mitraille qu’une fois que je quitte l’immeuble.

Je me retrouve ainsi dans la vieille rue ensoleillée. Je n’ai mal ni aux mains, ni aux pieds, je ne suis ni effrayé ni essoufflé. Je prends ma droite et me remets en course sans me poser plus de question, dans la foulée. Je remonte la rue pavée sans vraiment savoir où je vais. Peu importe, je suis vivant, bien content de l’être et déterminé à le rester ! Rien ne peut plus m’arriver maintenant, je m’offre une seconde jeunesse.
Après avoir dépassé quelques voitures en stationnement, une jeune femme brune, cheveux libres, sexy et élégamment habillée, tente de m’arrêter. Par je ne sais trop quelle pirouette, je parviens dans mon élan à éviter qu’elle ne me tue, puis la neutralise ! Elle lève les mains, soumise, pendant que je la déshabille des nombreuses armes de poing qu’elle portait tels des bijoux. Parmi eux, un uzi mitrailleur (ou une paire, je ne sais plus). Je décide de ne pas lui causer plus de tort et tenter de la connaître un peu mieux. Elle s’appelle Stacey, sûrement une américaine. Lui accordant cette confiance toute relative, je me dissimule derrière une voiture en attente des deux zigotos en armure de space marines.

Ils débarquent, bêtement côte à côte. Il ne me reste plus qu’à débouler face à eux et les asperger l’un après l’autre d’une pluie de munitions. L’un après l’autre s’effondre, mais je poursuis le feu en variant les organes ciblés pour plus de sûreté, mais aussi plus de fun. Cette décision de vider mon/mes chargeurs sur ces jeunes gens, bien que motivée il est vrai par un esprit revanchard, est surtout guidée par la maxime « tuer avant d’être tué ». Légitime défense. J’éclate quasiment d’un fou rire jubilatoire. Une fois cet office achevé et la messe dite pour les gisants, nous cheminons plus tranquillement Stacey et moi, toujours dans la même direction, presque bras dessus-dessous. Presque.
Si j’ai pu lui prendre le bras, c’était pour la guider, voir la traîner. Si elle me suivait, c’était d’abord pour ne pas mourir. Il demeurait pas mal de tension entre nous deux. Ses yeux noirs de félin me criblaient de balles. Son visage fermé de femme fatale respirait l’élégance mais surtout la méfiance et la rancœur. A mes côtés alors que je n’allais nulle part, elle figurait une muse terrible.

D’ailleurs, elle finit par m’inspirer un nouveau mouvement de survie. Je me lasse d’elle et décide de m’en défaire. Rendu où je suis, cela ne fera pas grande différence pour moi qui ait déjà abattu deux hommes. Après tous ces coups de feu, un de plus ne changera rien aux oreilles des témoins. Je suis encore soumis à l’adrénaline et à l’odeur du sang et de la sueur. L’euphorie de ma toute puissance guerrière m’anime encore et règne sans partage dans mon organisme. Et puis cette femme est dangereuse. Elle me brisera le cou à mains nues dès que j’aurais le dos tourné, c’est sûr. Légitime défense. Je la brusque pour qu’elle me fasse face avant de lui administrer une décharge de révolver à bout portant. Mortellement touchée par mon baiser empoisonné, elle s’écroule sans un son.

Je continus mon bonhomme de chemin et débouche sur un large boulevard. Je ne vois rien, qu’un immense espace lumineux, je suis ébloui. Ce lieu ouvert me donne un mauvais pressentiment. J’ai également l’impression que tout le monde me regarde, alors que de mon côté je suis aveugle et perdu : quelle direction prendre ? En tout cas, je ne me sens pas en sécurité.

Mon malaise n’était pas infondé. Alors que l’idée de faire demi-tour s’impose à moi et que je m’apprête à tourner les talons, un sniper m’aligne proprement, comme un chasseur qui tire un lapin dans un champ. Je ne verrai jamais le visage de mon assassin, rien que la balle me frappant au torse et me traversant de part en part.

Dans un réflexe réponse à la fusillade, j’écarte les bras à l’horizontale, tel Jésus sur sa croix. Je ne saigne pas, ne souffre pas. Je souris de l’ironie de la situation : tout ça pour ça. Le jeu s’arrête ici et maintenant. Je chois en arrière lentement. Le sourire aux lèvres et les yeux fermés, je suis une feuille de platane qui touche doucement le bitume en automne. Le rêve s’achève en même temps que la vie du personnage que j’y incarne.

Interprétation :

Enfin un rêve où je suis content de moi et me vois dans le Paris des années 2030 réussissant ma vie tout en assumant ma cravate et ma chemise décontractée. Je me réjouis de sentir l’air estival de la capitale et de voir que la capitale est toujours internationale (avec la présence tout à fait normale d’une étrangère). Je suis optimiste, et je crois en ma réussite.

Toutefois, ce qui n’a pas changé, c’est la violence et la solitude qui règnent à Paris. La populace ne semble guère s’offusquer des coups de feu et spectateur de ce film, je me suis inquiété de la piraterie qui règne désormais sur la ville qui m’a vu naître et mourir.
Toutefois, je ne me laisse pas embarquer par cette déchéance, fais mon nid malgré un contexte chamboulé, et prends même les armes pour lutter de toutes mes forces contre les autres qui me veulent du mal. Paris n’est pas un village, mais une jungle. J’y dame le pion avec mes poings, ma tête et ma virilité, face à des ennemis nombreux et bien armés, mais idiots et lents. Et tous ces efforts pour finalement me faire bêtement abattre par un tireur d’élite. On a beau faire de son mieux, l’enfer, c’est les autres, ce qui n’est pas de notre ressort. Ma mort est aussi la preuve de la fragilité de la vie et de l’individu. Au premier faux pas, les autres ont eu ma peau.

L’exécution de l’américaine est encore un tournant. Je ne sais toujours pas comment manœuvrer cette jeune femme que j’admire autant que je la redoute. Au final, ma seule solution pour ne pas souffrir de notre relation est de la détruire, pour qu’elle ne me brise point. Même la fuite aurait été risquée, elle aurait put dissimuler une autre arme dans ses sous-vêtements. Et d’une certaine manière, j’ai assouvi au passage ma pulsion meurtrière basique tout en éprouvant sans honte un grand sentiment d’impunité. Par la force de la violence et de la destruction, j’exerce un pouvoir immense qui m’exalte.





Un peu de cinoche :


La mort aux trousses, 1959/ De Alfred Hitchcock, avec Cary Grant et Eva-Marie Saint. Plus d’informations.

Sin City, 2005 / Réalisé par Robert Rodriguez, Frank Miller, Quentin Tarantino, Avec : tout plein d’acteurs connus. Plus d’informations.


Un peu de zik :

Elle a les yeux révolver / Marc Lavoine, 1985

dimanche 15 février 2009

Les rêves mentent-ils ? Épisode 49

Le 15/02/2009, LILLE, ma chambre


Je suis dans un couloir d’une bien curieuse bâtisse que je nommerai spontanément « maison de la folie » à mon réveil. Je suis en compagnie de deux personnes : un autre jeune homme et une jeune fille brune avec les cheveux attachés. Il ne semble ne connaître ni l’un, ni l’autre, ni même l’endroit où nous nous trouvons. Le couloir est sombre, l’ambiance est au gris. A notre gauche, des fenêtres voilées de rideaux légers mais opaques d’où perce une lumière tamisée jaunâtre. A notre droite, un mur triste porteur d’un papier peint vieillot et de petits cadres me représentant me semble-t-il des bords de mer. Je ne distingue pas encore ce qui peut se cacher au fond du couloir si ce n’est des ombres.

La jeune femme propose alors de chercher une issue. Elle place une chaise sous le cadre le plus proche de nous pour atteindre ce dernier. Elle écarte l’objet décoratif derrière lequel était dissimulée une entrée secrète ! La brunette s’y engouffre, nous sommant de la suivre. Pourquoi pas, me dis-je, la curiosité et le cœur m’en disent. Je tente d’abord de pénétrer maladroitement dans la mince ouverture les pieds les premiers, ce qui m’attire les moqueries affectueuses de mes deux compagnons. Je réitère ma tentative, « dans le bon sens » cette fois-ci, rampant dans le conduit étroit mais curieusement mieux éclairé que l’extérieur, par le biais de sortes de néons blanc. Dehors, notre compère nous interpelle. Il se trouve trop gros et craint de ne pas pouvoir nous suivre. Il préfère chercher une autre issue de son côté.

Devant moi, l’éclaireuse s’élance à l’aventure, le réseau de conduits est un véritable labyrinthe, ce qui me pousse à la poursuivre aveuglément. Elle avance tout droit. Le conduit imprime un dénivelé au-delà duquel le conduit se rétrécit encore. Cela ne gène nullement la frêle jeune personne mais me pose un peu plus de difficulté malgré mon gabarit pareillement réduit. Nous rampons à la file indienne. Un nouveau dénivelé suivi d’un nouveau rétrécissement m’inquiète. J’hésite un instant avant de prendre le risque de forcer le passage, avant de me dire que ramper à reculons serait encore plus compliqué que refuser d’aller de l’avant. Et puis, je ne suis pas un shââ pour rien, je peux le faire. Curieusement, j’ai bien fait de penser cela, car c’est avec une certaine aisance et sans aucune claustrophobie que je progresse jusqu’à voir la personne devant moi finalement « tomber ». Nous arrivons finalement ! Je me laisse à mon tour glisser par l’orifice de la sortie.

Nous nous retrouvons dans le couloir. Je relève la tête. Nous venons d’aboutir par un deuxième cadre. Je regarde plus à droite pour trouver avec horreur le premier cadre écarté par où nous sommes entrés. La chaise, elle, a disparu. Je suis un peu irrité d’avoir fourni tant d’effort pour au final progresser d’un tout petit mètre, d’avoir emprunté un tel détour pour un simple pas en avant. Mais cela aurait pu être pire me dis-je, et maintenant que cette épreuve est derrière nous, je devrais m’en amuser, ce que je fais, notre situation m’arrache un sourire. Ma situation devrais-je dire, car me remettant dans le sens de la route, je note que la petite brune a disparu. Il va donc me falloir continuer seul l’exploration de cet endroit.

Je décide de me jeter à l’eau et avance vers le bout du couloir. Je découvre que ce couloir décrit le contour du bâtiment, rectangulaire lui. Une ouverture sans porte, un peu à la façon des salles d’expositions ou des musées, me fait quitter le couloir pour une sorte de grand hall. La même lumière jaunâtre diffuse et est seule à éclairer une collection d’œuvres d’art bizarres accrochées à tous les murs, à perte de vue. Je distingue essentiellement des illusions d’optique et des peintures aux allures psychanalytiques. L’architecture du hall elle-même semble sortie d’une rêverie hallucinée. Les murs s’agencent n’importe comment, la salle ne semble jamais finir dans la profondeur. De ci de là, des colonnes. J’ai la sensation d’être perdu dans un musée dédié aux noces improbables entre Esher et Dali.

Dans cet univers immobile et silencieux, un mouvement au loin soudain capte mon regard. Je m’approche. Une nouvelle pièce séparée du reste du hall par un mur discontinu (toujours sur le modèle de ce qu’on peut trouver dans les musées). Cette nouvelle salle est très différente du reste de l’environnement. La lumière est rouge, devant moi, des chaises et une table, le tout en bois sombre. Le lieu ressemble fort à un bistrot en fait. Un peu en retrait du mobilier sombre, une jeune femme nue m’interpelle par de grands gestes de la main et m’accorde un grand sourire franc et altruiste. Son visage me fait penser à M.A. mais je sais que ce n’est pas elle. En effet, elle assez grande (presqu’autant que moi-même), a de longs cheveux bouclés roux et une poitrine et des courbes généreuses. Peut être est-ce un nouveau piège de la maison de la folie, mais je n’en ai cure, je décide de m’abandonner. Je la rejoins, elle déborde visiblement d’énergie et d’envie, se saisis de mon bras et me traine sur une banquette de satin rouge contre le mur derrière une table. Nous nous afférons alors, avec à la fois beaucoup de tendresse et de fous-rires.

Nous profitons de cet instant spontané et inconséquent. Mais au cours de nos jeux chaotiques, mon esprit se réveille. Je prends conscience que je suis en train de rêver. Cela me déçoit. Pas tant que cet instant prenne fin, mais plutôt que je vais chercher à le contrôler plus volontairement. J’aurais préféré laisser libre court au hasard, être simplement acteur de mes propres ébats plutôt que vouloir à tout prix scénariser leur déroulement. Ce que je sens qui va arriver avec mon éveil. Je lutte, essayant de demeurer dans mon inconscient, de repousser le retour de ma conscience. Mais je perds ce bras de fer avec moi-même et je dois dire au revoir à la créature de la maison de la folie.

Je me dis en revenant à moi que ce musée des curiosités pouvait très bien être une représentation de ma propre imagination et la cambrioleuse des conduits d’aération C.R. Au moins je sais ce qui est le mieux pour moi : une femme généreuse, ouverte et dynamique (avec pour ne rien gâcher un physique agréable) qu’une petite souris à l’esprit tordu qui me fuit et me fait tourner en bourrique.

vendredi 13 février 2009

Mes rêves

J'ai récemment remarqué que mes rêves étaient une de mes meilleures muses. Pour leur rendre hommage, je pense qu'il est désormais temps de leur consacrer une rubrique propre !

En espérant que les films de mon esprit feront autant halluciner le visiteur que moi-même.
Enjoy !
Baptistisime

Les rêves mentent-ils ? Episode 48

Le 13/02/2009, LILLE, ma chambre

J’incarne aujourd’hui le très célèbre Premiums Oméga. La quarantaine grisonnante, de blanc vêtu, j’arpente une jungle épaisse. Dans mon exploration désintéressée de ce bel environnement ensoleillé, je rencontre par hasard mon aide de camp. Ou le plus âgé des deux frères Triton (même si cela constituerait un grave anachronisme). Nous nous réjouissons de cette surprise dans ce lieu si sauvage et reculé, quand tout à coup, un avion futuriste apparaît dans le ciel bleu. Je m’affole, je sais que ce funeste volatile a été envoyé par mon ancien maître, le Grand Dragon, afin d’attenter à ma vie. Mais je sais aussi que cet engin de malheur ne fera pas dans le détail et ne détruira pas que ma misérable existence. Je crie à mon compagnon d’infortune de se mettre à l’abri.
Nous nous engouffrons dans un tunnel creusé sous un massif rocher. Alors que je condamne l’entrée avec le plus de pierres à ma portée, je vois l’avion larguer une seule bombe sur l’immense forêt. La terrible plongeuse qui m’est destinée prend le chemin de la terre en émettant un sifflement sinistre. Ne perdant pas un instant, mon ami et moi prenons nos jambes à notre coup pour mettre promptement le plus de distance entre les parois de notre modeste carapace et nous. Nous parcourons les tunnels et descendons le plus d’étages possibles avant l’impact.
Dehors, la bombe atteint finalement la hauteur des arbres. A ce moment là, le ciel si bleu et si paisible devient blanc et en un instant, la forêt cesse d’être. Une quantité divine d’énergie vient d’être libérée, ravageant arbres et animaux sur des centaines voir des milliers de kilomètre. La tueuse de mondes éjecte à présent tous les éléments de la planète l’un après l’autre : le feu, la glace, le vent, etc. C’était donc une bombe à éléments, une des armes secrètes du Grand Dragon, dont la colère venait d’éclater. Vue de l’espace, la déflagration est déjà visible, formant un point lumineux de relativement grande taille, témoin qu’à la surface un drame s’est produit.
Mon acolyte et moi-même nous élevons enfin, et adressons une prière à Mars, dieu des pierres et du sous-sol, dont la grande force venait de nous sauver tous deux. Mon compagnon me demande quoi faire. Je pense à la surface dévastée, ses arbres pulvérisés dont il ne reste plus que des souches éparses. Mais surtout, je songe à la température et aux radiations qui règnent sûrement toujours dehors. Nous ne pouvons plus ressortir, nous n’avons pas d’autre choix que de trouver notre salut dans ce sous-sol. Nous explorons les tunnels, vaste réseau inconnu et oppressant. Pour circuler, nous sommes parfois contraints de pratiquer des passages à mains nues pour passer d’une galerie à l’autre.

Nous arrivons finalement dans un tunnel particulièrement sombre. Je ne fais plus que deviner la silhouette de l’homme qui me suit. Tout devient si sombre, je ne sais même plus où je vais… Devant moi, il y a une autre silhouette humanoïde. Je ne dis rien, l’ombre non plus. Je suis angoissé. Je m’éveille dans ma chambre à Lille, l’ombre n’est plus, bien entendu.

Quel curieux voyage…


Baptistisime

Les rêves mentent-ils ? Episode 47

Le 01/02/2009, LILLE, ma chambre

Je suis en compagnie d'une femme qui pourrait être soit ma mère, soit ma sœur (je ne suis pas parvenu à déterminer). Le lieu est une espèce de zoo, peut être ressemblant à Nausicàa. Je vois deux serpents, un visiblement pacifique, lisse ; l'autre plus gros, avec une collerette, comme un cobra. Je m'approche, le serpent « méchant » se jette sur moi ! Dans un réflexe, je tente de lui attraper la tête pour l'empêcher de me mordre.

Mais la bête est plus forte que moi, je ne parviens pas à la retenir. Sa tête échappe à la pression et il me mord à de nombreuses reprises, surtout sur les bras. La personne qui m'accompagne est affolée, et hurle. De mon côté, je ne le suis pas tant. Je suis dépité, comment cet animal stupide a pu me toucher ? Je parviens à m'en défaire et me demande alors seulement si ma vie est en danger. Nous regardons dans un guide si le serpent est venimeux. Après tout, c'est peut être de ces serpents qui mordent mais ne tuent pas, comme la couleuvre. Manque de chance, venimeux, il l'est. Extrêmement. La couleuvre, c'était l'autre serpent. Je me dis que tout est fichu, je n'arriverai jamais à l'hôpital à temps, même s'il ne me semble pas que le serpent m'ait injecté quoi que ce soit. Ma mère/sœur redouble d'affolement, tente d'appliquer sur mes morsures une sorte de spray, comme si c'était un remède magique, tout en criant. « Mais comment c'est possible qu'il y ait aussi peu de sécurité ?! ».

C'est assez perturbant comme rêve. Là encore on m'y voit faire « le mauvais choix » entre la couleuvre inoffensive et le serpent qui va me tuer. On me voit en proie à une force irrépressible qui met fin à mes jours malgré ma résistance, mon refus, ma réaction d'orgueil. Je suis un petit prince qui retourne sur sa planète après avoir été mordu par un serpent.
Pis encore, cet épisode est encore une métaphore angoissante de la sexualité, à priori encore une fois source de souffrance et d'agressivité extérieure. Là encore, sans parler de « choix » puisque je n'en fais pas vraiment dans ce rêve (outre le fait d'avoir risqué de m'approcher à ce point ), on remarque que je ne tombe spontanément pas sur le « bon serpent ». Ce n'est pas le bon serpent qui me trouve, c'est celui qui va me tuer que je rencontre. Le hasard fait bien les choses dit-on.

jeudi 12 février 2009

A bout de souffle ! Episode quatre

Retiens ton souffle…








Envie de calme dans mon esprit. Envie de me venger de ce cerveau qui me fait tant souffrir, de ces géniteurs qui me l’ont confié. Envie de mettre de l’ordre dans tout ce bazar. Envie de puissance, rêve d’un objet phallique capable de cracher le feu et la virilité.




Fascination devant des scènes de jeunes guerriers dirigeant le canon sur leurs propres tempes pour défier la faucheuse et poser un ultimatum à la Vie. Envie de jouer à la roulette russe avec un six coups. Le petit prince est las de la Terre, il veut rencontrer son serpent et retrouver sa planète, loin, très loin d’ici.




« J’espère que tu as du bon venin ».




Je comprends les suicidants. On ne choisit pas de vivre, mais on peut décider de ne plus vivre. La Vie est sacrée, mais ce qui nous uni à elle est un mariage forcé. Quand elle se relève être une piètre épouse, il est normal de vouloir divorcer.

Quand on a plus prise sur rien, le dernier pouvoir qu’il nous restera à jamais est celui que l’on exerce sur soi-même. Quand on ne plus toucher les autres en aucune façon, on peut toujours retourner sa frustration sur soi. Dans un amour haineux ultime, la dernière preuve que l’on existe est de se faire disparaître.

Quand on ne gagne pas en respectant les règles, on triche. Quand on est malade, on prend des médicaments. Quand la partie est perdue, on quitte le jeu. Quand on ne vit plus, on se tue.

D’un autre côté, cet état ne peut être déclaré que quand la partie est effectivement perdue. Ceux qui ne vont pas au bout de leurs efforts et qui abandonnent avant d’avoir joué leur dernière carte sont des mauvais joueurs.




Tant que mon orgueil, cet organe vital, restera intact, mon corps pourra se régénérer. Tel un phénix, je renaîtrais de mes cendres. Si un quelconque positivisme je pouvais avoir, ce serait l’idée que jamais je ne mourrai. Je ne peux concéder un tel aveu de défaite face à la Vie elle-même. Je ne lui ferai jamais le plaisir immense de demander le divorce. Comme toutes les femmes, elle me quittera un jour sans préavis et pour une mauvaise raison. Je lui laisse choisir le moment, ce n’est pas mon problème. C’est elle qui me supporte et non l’inverse.



Le désert brûlant dans lequel vit le phénix et où a atterrit le petit prince est un vrai défi. Mais mon avion n’est pas encore totalement cloué au sol. Je suis à la recherche d’un puits de pétrole dans mon désert. Pour faire du carburant. Pour décoller une fois de plus.



Baptistisime.



Musiques :

Losing my religion / REM

Vivre ou survivre / Daniel Balavoine

La paradis blanc / Michel Berger

Films :

Voyage au bout de l’enfer / De Michael Crimino / Avec Robert De Niro / USA 1979