dimanche 12 avril 2009

L’odyssée du bathyscaphe, épisode un : les dunes

Voici le premier épisode d'un petit feuilleton racontant l'incroyable voyage des trois visionnaires. A suivre tous les dimanche !







Il est des lettres qu’on ne devrait jamais ouvrir, et encore moins lire… Par cette belle matinée de l’été 2032, je l’ignorais et allais bientôt l’apprendre à mes dépends.

J’arpentais les collines sablonneuses qui depuis plus huit ans étaient devenues miennes. J’errais sans envie tel un dromadaire ; avec le Soleil iranien comme seul compagnon, et avec une seule pensée : ma mission. Garder les frontières de toute intrusion. Confiner les ennemis de la France dans leur désert. Mon désert. Ah ! Mon désert. Un léger coup de vent vint à ce moment là tromper le silence… est-ce lui, l’ennemi de la France ?

Foutaise, il n’y a pas le moindre petit chat dans cette région. Il faudrait qu’on s’y batte avec le vent et le sable. La bouffée brûlante qui tenta une percée dans mon organisme fut mâtée dans les plus brefs délais. Je m’étais fait à l’idée depuis longtemps déjà que mon régiment et moi-même n’étions pas là pour combattre. Patrouiller et nous tenir prêts, voilà ce à quoi nous employions des trésors d’ingéniosité. Quelle fichue guerre, le front est tellement étendu que nos ennemis peuvent apparaître à tout moment, à tout endroit. Et c’est pour ça que l’ordre était de se tenir prêt. Voilà le genre de discours que nous avions entendu maintes fois. Mais la vérité, la vérité véridique était que l’ennui était notre opposant le plus farouche et le plus entêté. Il l’avait prouvé par le passé en nous infligeant extrêmement régulièrement de sévères défaites.

Il ne devait cependant pas vaincre mon esprit ce jour là, et je l’écartai d’un geste de pensée assumé. Pour tout dire une nouvelle idée venait de lui damer le pion dans l’espace limité de ma tête. Je venais de me dire que même des concierges pourraient être à notre place. « Et tiens Abdul, tu as du courrier ! Par contre Omar, il va vraiment falloir que tu payes ton loyer, sinon le proprio’ va te virer ! »
Concierge du désert, voilà ce que je suis, un vétéran perdu à la frontière entre deux mondes. Je fermai les yeux, crispai ma main sur le pommeau de mon épée et poussai un soupire. C’est alors qu’une voix interrompit ce nécessaire dialogue avec moi-même et me fit me redresser dignement.

- Capitaine ! Une lettre urgente de Paris pour vous !

A la bonne heure… L’interpellation par mon subordonné m’irrita dans un premier temps. Qui osait ainsi donc rompre ce beau silence, ce calme transcendantal ? C’est qu’il nous mettait tous deux en danger à vociférer de la sorte ; à réveiller notre ennemi. « Paris »… ce mot sonna durement dans ma tête. Pour une fois qu’un courrier m’était adressé, ce devait sûrement s’agir d’une nouvelle déplaisante. Quelle urgence en provenance de la capitale sinon une mission contraignante, voir ennuyeuse ? (…) Soit. Je le reconnais. Je suis forcé de le confesser : rien à cet instant ne pouvait être plus ennuyeux que l’activité qui m’occupait alors.

A cette seule pensée, mon esprit de compétiteur endormi par des mois d’immobilisme s’éveilla brusquement. Aussi quand mon inférieur m’eut rejoint, je me saisis de l’enveloppe qu’il me tendit et me hâtai de l’ouvrir d’un geste nerveux.
Je me mis à parcourir la missive sur le chemin du campement. Le télégramme dactylographié à la hâte et bourré de fautes de frappe portait le message suivant :

A l’adresse du Capitaine B :
Par ordre de l’Etat-major, vous êtes relevé de vos fonctions. Votre mission actuelle prend fin à compter de la réception de ce courrier.
Vous serez très prochainement muté sur un projet classé secret défense. Intérêts nationaux du pays en jeu. Etes prié de vous rendre à Paris dans les plus brefs délais. Promotion éventuelle à la clef. Pour la France.

Le 13 juin 2032. Colonel CLEMENT

Je déchirai le papier avec agacement. Les gradés ne sont vraiment plus que des bureaucrates de nos jours, ça a le don de me mettre hors de moi. Mais je savais que cet agacement était aussi le fruit de mon excitation. Mission secrète ? Promotion ? Même s’il devait s’agir de balayer le guano des pigeons de Montmartre, j’en serai !

De retour au camp, je réunis promptement mes affaires et saluai encore plus sommairement mes anciens compagnons. La seule compagnie que je jugeais alors satisfaisante était celle de Shââ, le petit chat du désert. Je l’avais découvert à peine sevré et totalement affamé quelques semaines plus tôt. D’abord un peu répugné par cette petite chose duveteuse, j’ai très vite admiré le fait qu’une créature aussi fragile ait pu survivre dans le désert toute seule. J’ai reconnu toute la noblesse de ce cousin du lion dans son stoïcisme. J’ai reconnu toute l’intelligence de ce que furent les perses dans sa façon de fureter chaque lieu nouveau, de jouer avec tout objet laisser à sa portée. Je ne me rappelle plus avoir été ainsi enfant. En tout cas, mes discussions avec le petit félin étaient alors nettement plus captivantes que celles avec mes sous-fifres, au moins aussi abrutis que moi par cette drôle de guerre.

Enfin, cela ne me regardait plus. Dehors, une jeep nous attendait, Shââ et moi, pour de nouvelles aventures. Je clamai intérieurement un adieu poignant à l’adresse de mes dunes, puis notre véhicule démarra en trombe, soulevant un nuage de poussière.

Capitaine B, expert en déserts

Les rêves mentent-ils ? Épisode 51

Rêve pendant la nuit du 01er avril au 02 avril. Ma chambre à LILLE.

Comme un poisson d’avril… La comédie de ce soir se déroule entre deux rêveries « idiotes » où je me mets en scène, tantôt photographiant un trébuchet en action (et pestant de ne pas parvenir à saisir la position voulue, à savoir le bras de l’engin de siège levé, et non pas au repos) et tantôt aux prise avec mon ancienne instructrice de stage qui me refuse un emploi sous prétexte que je ne suis « que bac+3 et pas bac+5 », ce qui ne provoque chez moi qu’un « tant pis » assumé et sans rancœur.

Le rêve perdu au milieu de toutes ces hallucinations nocturnes a davantage aiguisé mon courroux. Je me suis vu faire tranquillement ma vie devant un messenger en temps réel que je ne nommerai point, à discuter avec des gens de la France entière comme cela m’arrive régulièrement. Quand les distances s’en mêlent, c’est un bon moyen de garder le contact.

Après quelques secondes, je remarque alors en faisant l’inventaire de mes contacts en ligne, que parmi eux se trouve EB. Mon intelligence consciente ne fait qu’un tour dans ma tête endormie. C’est incohérent. Cela fait des mois et des mois que j’ai effacé EB de mes contacts. Comment cela se fait-il ? Comment a-telle fait pour me rattraper ? Une goutte de sueur dévale mon front, ma joue. Un autre contact, anonyme, ne portant ni nom ni émoticône, rien, vierge, s’affiche sous l’adresse d’EB. Je l’identifie comme une autre adresse lui appartenant, mais c’est inquiétant. Quel est ce contact fantôme ? Par quel nouveau sortilège néfaste la sorcière que je croyais disparue se permet-elle ainsi d’investir mon espace social où elle n’est pourtant plus la bienvenue ?

Ma courte réflexion angoissée est bientôt interrompue par une vision d’horreur. D’autres contacts supprimés de longue date viennent hanter ma messagerie instantanée ! En un instant, c’est une marée de connaissances du passé qui déferle dans ce monde. Les personnes à qui je ne souhaite plus tellement adresser la parole se multiplient comme des virus à l’écran. Je m’empresse bien sûr de les supprimer à grande rafales de clics inquisiteurs. Plus j’en détruis, plus j’ai le sentiment d’être submergé sous leur nombre.

Mon travail d’exorcisme se poursuit quelques instants qui me paraissent une éternité et je parviens finalement à retrouver une liste de contact « propre ». Je viens de remporter cette drôle de joute virtuelle, ce combat à distance. La bataille fut rude de même que mon bref effort. Je souffle et suis soulagé par cette nouvelle victoire, mais la fureur n’est pas encore redescendue.

Ainsi les démons peuvent me toucher n’importe quand et n’importe où. Je sais qu’il va me falloir être vigilant. Les morts doivent rester morts. Je ne l’oublierai plus à l’avenir. Combattre les fantômes de jour comme de nuit, tel sera mon fardeau.

mercredi 8 avril 2009

Pourquoi faire les courses avec une poubelle à la place du sac en plastique ?









En ce premier avril, je suis d’humeur nécessairement facétieuse. Alors que je fais mes courses dans un grand temple de la grande consommation, je décide d’acheter une poubelle pour ma salle de bain (ça manque quand même, devoir tout jeter dans la cuisine ça va bien deux secondes.) Je suis alors tenté de profiter de mon passage pour acheter plein d’autres trucs plus ou moins utiles. C’est bien fait quand même les grandes surfaces pour ça. Tu repars toujours avec plein de choses que t’avais pas envie d’acheter. Quelle fourberie. Mais tel n’est pas mon propos du jour. Mon esprit indiscipliné s’est alors portée sur ce conteneur à provisions fabuleux qu’est la poubelle. Pourquoi le préférer au traditionnel sac en plastique ?

1 : Une poubelle, c’est beau. Plus qu’un sac en plastique, vous en conviendrez.
2 : Ca ne finira pas par polluer la nature et étouffer les tortues de mer bigleuses amatrices de méduses.
3 : Se promener avec une poubelle aide à exorciser sa propre honte. Très bon exercice de développement personnel et d’affirmation de soi.
4 : Ca ne craque pas bêtement après un voyage en métro, déversant les commissions sur le trottoir.
5 : Accessoirement, une fois à la maison, ça peut faire office de poubelle. Et oui.
6 : C’est lourd ? Tant mieux, ça fera les biceps dans le centre commercial.
7 : Quand tu es à la caisse, tu ne galères pas à la garder ouverte d’une main la chargeant de l’autre.
8 : Les gens te laissent plus volontiers passer dans la rue. Même les gros lourds de Wazemmes te foutent la paix de peur de prendre un coup dans les tempes. Mieux que le sac à mains, la poubelle est l’arme du futur pour les petites vieilles contre les voyous !
9 : Tu peux venir les mains dans les poches. Non, parce que payer 1€ pour une vieille poche, ça fait mal aux fesses. Surtout quand tu sais que tu en as des tonnes chez toi et que tu sais pas quoi en faire.
10 : C’est pas banal. Oui, c’est une bonne raison !
11 : Pour empiler les objets à l’intérieur et ainsi optimiser l’occupation du volume, c’est quand même plus simple qu’avec des sacs en plastoc.
12 : C’est encombrant ? Qu’à cela ne tienne ! Ca te fera passer l’envie de traînasser au rayon librairie et acheter des tonnes de bouquins chers et inutiles.

Baptistisime

mardi 7 avril 2009

Plan d'attaque

1 : N’oublie pas que tu vas mourir.
2 : 24/03/2009 : l’ennemi a tiré le premier et posé un ultimatum très sévère à notre égard.
3 : Déguisé en accord commercial à l’amiable, ce traité profondément inéquitable constitue à la fois une menace à peine déguisée ainsi qu’une sérieuse remise en question de la sécurité du royaume.
4 : L’ennemi, sous couvert de la promotion de nos intérêts nationaux respectifs, a tenté d’endormir notre gouvernement. Nul doute que la paix ne tiendra pas. Le conflit ne peut être évité, l’ennemi exigera davantage que ce qui sera prévu dans le contrat, et ce dès que l’occasion se présentera.
5 : Nous devons préparer notre riposte ! Les frontières ont trop souvent été menacées, cette fois, le ministère de la défense n’est pas disposé à laisser des étrangers marcher sur nos plates-bandes.
6 : N’oublie pas que tu es un humain.
7 : Rien qu’un humain.
8 : 25/03/2009 : Réunion d’Etat-Major.
9 : N’oublie pas : tuer avant d’être tué.
10 : Le système d’infiltration a bien fonctionné et les plans d’un ennemi fanfaron sont connus. La rétention d’information de notre côté sera de mise.
11 : Adopter un double discours. Entrer dans le jeu de l’ennemi.
12 : Envoyer des espions. Beaucoup d’espions. L’information, ya que ça de vrai. Ah, et quelques enseignants et trois avocats.
13 : Mourir.
14 : Je suis un connard. Grâce à l’ennemi, je suis un bon connard.
15 : Mais n’oublie pas, apprendre.
16 : Apprendre aux mécréants que l’on ne peut pas « jouir de Tout, Tout de suite et sans effort ».
17 : Transcender la Colère.
18 : Renaître.
19 : Ne pas oublier d’écrire. Ecrire, c’est sensuel, écrire c’est tout. Ca permet de créer des plans d’attaque.
20 : N’oublie pas : il faut être proche de ses amis et plus encore de ses ennemis.
21 : Provocation : bisque bisque rage ! Quand un mur t’agace, contourne-le.
22 : Ne pas laisser l’ennemi nous endormir. Ne pas nous endormir seuls sous nos lauriers. Endormir les soupçons adverses.
23 : Ne pas faire confiance. C’est contraire à la mentalité nationale. Etre fidèle aux citoyens.
24 : On ne peut changer les hommes. Forcer un homme à changer, c’est le mettre en cage.
25 : Leur envoyer Woody Allen faire le show. Woody est très apprécié outre-frontière.
26 : N’oublie pas de t’affirmer. Rappelle-toi que tu es TOI. Ton perso préféré dans Death Note, c’est L. Le charisme élégant du génie. Calme et taciturne. Froid, calculateur et distant, mais noble de cœur. L’orgueil de celui que son intelligence rend supérieur, différent et solitaire.
27 : N’oublie pas, tu vas mourir.
28 : 05/04/2009 : L’ennemi déclenche son attaque un peu plus tôt que prévu par nos réseaux d’espionnage. Notre plan d’attaque nous permet cependant de mobiliser rapidement les défenseurs du royaume. L’armée souffre mais les civils sont protégés et n’enregistrent aucune perte. Peu à peu, la riposte est menée de sorte à sauver l’honneur de notre fière nation.
29 : Et envisager l’avenir avec sérénité. Renaître.
30 : 07/04/2009 Renaissance nationale effectuée. Une dernière minute de silence observée pour les disparus de cette guerre éclaire. Reprise des activités normales. Publication du rapport de la guerre pour les générations futures.


Baptistisime, empereur au long cours.

lundi 6 avril 2009

Marabout lillois

Voici le contenu d'un flyer qu'un noir vient de me donner dans la rue à Wazemmes:

Règlement après satisfaction
Résultats irréversibles en 5 jours

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Professeur FODE
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06…

dimanche 8 mars 2009

Le paladin et la sorcière

Le paladin c’est moi, chevalier de Dieu,
Sauveur de veuves et d’orphelins, je suis preux.
Epaules carrées et longue épée, je suis impétueux,
Fonceur, positif et un soldat valeureux.
Erudit et lettré, de tout je suis curieux
Et mon intelligence me rend bien orgueilleux.
J’aspire à aider, d’altruisme j’ai fait le vœu,
D’être estimé aux yeux des autres désireux.
Aujourd’hui je ne chante plus la sérénade
Je vais vous conter une bien triste ballade.

J’arpentais la forêt pour y rendre la loi
Quand dans la nuit je vis au loin des feux de joie.
M’approchant je découvris une foule en liesse,
La fête battait son plein en toute allégresse
Au cœur d’une atmosphère enfumée par l’encens,
Les gens autours du foyer riant et dansant.
Nulle magie néfaste, voilà qui est rassurant.
Je me joignis à eux et cessai d’être pédant.

Tout à coup apparu sous le ciel étoilé
Une sorcière parée à m’ensorceler
Nous rejoignit et fit vite partie de la bonne ambiance.
Si bien que peu à peu s’évanouit ma méfiance.
Nous conversâmes en faisant fi de nos différences.
Par notre connivence se réduisit la distance.
A ma surprise nous échangions avec aisance.
Est-ce cela l’inconnue magie de l’attirance ?
Elle n’est pas si hérétique que je le redoute,
C’est une bien bonne magie. Je souhaite qu’elle m’envoute.

- Dis moi, tu n’as pas l’air d’avoir peur, paladin ?
- Le mal ça me connaît. Vous êtes quelqu’un de bien.
- Ah je vois. Tu es adepte de la concordance.
- Si vous le croyez, m’accorderez-vous cette danse ?

Ces paroles vinrent se mêler à notre chanson
Dont nous entonnions le refrain à l’unisson.
Dans la chaleur, je regardais ma cavalière.
Et ses cheveux roux turbulents comme le lierre.
Le feu brûlant se reflétait dans ses yeux verts
La transformant en une mystérieuse vipère.
Dans notre tendre étreinte, je me surpris à rêver.
De ses vieux démons elle pouvait être sauvée !
Elle venait d’éveiller mon ancienne ardeur
Je ne reculerai devant aucun labeur.
Ce devait être bien difficile ? A la bonne heure !
Je me promis de faire ressortir sa valeur.
Je me sentais capable de mener notre destin
Même si cela était traverser un ravin.
J’aurais tout donné pour pouvoir tisser des liens,
Espérant la ramener dans le droit chemin.

Mais pour l’heure, le contrat se passait de tout gage.
Nos voix laissèrent place à un tout autre langage.
J’oubliai le regard de la populace
Et mes convictions religieuses, je l’embrasse.
L’instant prenant fin, il fallut que je la laisse
Nous nous quittâmes complices, les yeux pleins de promesses.

Peu après je reçus chez moi une missive
M’annonçant que chez elle je serai le convive.
Nous avions déjà échangé bien des fous-rires
Mais j’avais encore bien des choses à lui offrir.
Me remémorant les sentiments éprouvés
Très impatient j’étais de la retrouver.
Aussi légère se fit mon appréhension
Je me présentai à sa rencontre sans pression.


La forêt de la fée était sacrément sombre.
Les arbres projetaient à perte de vue leurs ombres.
En ce drôle de lieu, je rencontrai en chemin
Sylphes, satyres, trolls et minotaures, curieux bovins.
De l’étrange cet endroit est vraiment le musée.
Le jeu vaut le coup, je décide de m’en amuser.

Je parvins à l’orée aux airs de cimetière
Où mon aimée affichait un sourire austère.
Dans mon dos les minotaures me firent prisonnier,
J’étais comme englué dans une toile d’araignée.
Pendant que les bêtes me retenaient en otage,
Mon hôte me délesta du reste de mes bagages.
Elle me dit que nous deux, c’était un mauvais un sort,
Que rien n’y ferait, que malgré tous mes efforts,
Notre amitié serait bientôt révolue.
Le bout de route fait ensembles lui avait déplu.
Cette fée là était dépourvue de sentiments
Et notre belle complicité n’était que du vent.
Tout cela je venais d’apprendre à mes dépends.
Ainsi donc étais-je tombé dans son guet-apens.


- Il m’avait semblé que nous deviendrons camarades.

- Par pitié, cessons tout de suite cette mascarade.
A mes yeux les mâles se résument à leurs bourses.
Ya pas à chier, moi les hommes je les détrousse.
Dans ce monde où rien ne me plait, je le confesse,
Les seuls que je puisse aimer, ce sont mes fesses !
Tu étais un bien bel oiseau, cela est vrai.
Mais tort tu as eu de sans calcul te livrer.
Bon tu es, je ne le nie, mais bien trop naïf.
Te plumer et te déjouer fut récréatif.
Quitte ma forêt, tu n’es plus le bienvenu.
A tes fins jamais tu ne serais parvenu.
Tu n’es pas un paladin, juste un être humain,
Ce qui pour moi n’est pas la moitié de rien.


- Ce que je pensais de vous, je l’assume quand même,
Souffrez seulement que je vous déclare « Je t’… »

- Chut, pas un mot de plus ! Tu ne m’intéresse pas !

Sur ces mots, je tentai de la prendre par le bras.
Mais elle se dérobe et mon épée elle me vole
Avec élégance déploie ses ailes et s’envole.

- Cours toujours, paladin ! Sans rire, je t’ai bien eu !

Sur ces mots disparut la fameuse ingénue.
Devant ma stupéfaction, je tombais des nues !
Je n’imaginais pas une fin si convenue.
Démuni, ébranlé, et tout à mon dépit,
A grande hâte mon monastère je rejoignis.
Pour avoir choisi un être si détestable
Je me mis à me haïr, quel incapable !
La lune fut seule témoin de mon grand désarroi
Confirmant que des imbéciles, j’étais le roi.


Ce matin là, j'émerge avec la gueule de bois.
Je m'éveille tout seul ; personne, sans toi, sans toit.
Ce matin, je ne ressens rien qu'un vide profond,
Et dans ma tête, il n'y a rien que du plomb.
La magie, c'est fini, le rêve va prendre fin.
Je m'en vais revenir à des affaires sans fin.
Cette fée n'était qu'une vilaine sorcière,
Croire le contraire était une erreur grossière.
Bien puni je suis, la sanction est sévère.
Passer outre c'est désormais tout ce que j'espère.
Mais dans mon échappée pour fuir la sorcellerie,
La traitresse me rattrape, et de moi elle se rit.
Ce succube des ténèbres me fait horreur.
Je dois le coincer, il en va de mon honneur.
Point de salut pour moi dans la dérobade,
Je dégainai, prêt à porter l’estocade.
Puis je me dis que le sort pour une femme vénale
Etait que je la traine devant un tribunal.
De m’y suivre avec courtoisie je la somme,
Devant un nouveau refus d’elle, je l’assomme.
J’étais redevenu un bon inquisiteur,
User de ma virile poigne ne me fit point peur.
Sans plus tarder, je m’employai à l’attacher,
M’en allai poser ma belle dormeuse sur le bûcher.


Revenant à elle, elle cria avec effroi :

- Idiot, mais qu’as-tu fait ?! Tu n’avais pas le droit !

- Libre vous étiez de me duper, de tout gâcher,
Libre à moi de vous enchaîner à ce bûcher.
Allez donc au service réclamations du diable,
Ainsi nous quitterons-nous à l’amiable.
Dans mon ire, mon désir fut de vous pourfendre.
A quoi bon ? Vous ne serez bientôt que des cendres.
Je vous oublierai, espérant ne plus vous revoir.
Votre mort nous gardera de nous décevoir.
Vous vous moquâtes de moi, vous me crûtes innocent,
Or je suis un homme d’armes, j’adore le sang.
Paladin je suis, n’œuvrant que pour la Justice.
Je vous détruis pour que cessent vos maléfices,
Et que jamais plus n’agissent vos artifices.
Au moins aurais-je appris à contrer la malice.

- Remerciez-moi donc, mon bon et doux seigneur !

- Certes, grâce à vous, je reconnais mes erreurs.
Que Dieu à jamais me protège des femmes,
La foi et le célibat sauveront mon âme.

- Paladin abruti, ce que tu es niais !

- Si vous le dites, il fallu bien que ce soit vrai.
Je vous renvois dans le néant d’où vous venez.
Là-bas, votre sort ne pourra m’importuner.

- Ce que tu crois, mon fantôme te hantera !
De pas m’avoir affrontée, tu regretteras.
Mon souvenir fera tout pour te déplaire,
Tu ne peux brûler ma magie de sorcière,
Maudit tu es, tu ne pourras point t’en défaire !

- Ainsi soit-il, nous nous reverrons en enfer.
Je vous confie aux mains de mon bon ami le feu,
Mais sachez qu’au fond de moi, je n’ai qu’un seul vœu…

Qu’il pleuve.

mardi 3 mars 2009

Les rêves mentent-ils ? Épisode 50

Saint Médard-en-Jalles, le 27/02/2009



Cette fois-ci me voici exerçant une honorable profession libérale que je ne parviens pas à préciser. Ce qui me fait dire cela est que j’occupe un luxueux cabinet parisien tapissé de cuir comportant deux pièces : une salle d’attente et mon bureau de consultation que je ne « visiterai » que brièvement, la suite le dira.
Ce local se situe au plus haut étage d’un immeuble à l’architecture rétro et aux vieilles pierres, typique de ce que j’ai pu connaître quand j’habitais encore la capitale et que j’accompagnais, enfant, ma mère chez le dentiste.
L’escalier en colimaçon est également recouvert d’un vieux tapis qui fait très vieil immeuble intra muros.

Mais pour l’heure, je suis oisif et détendu, m’étirant dans ma salle d’attente. Le soleil traverse les deux fenêtres, il fait beau à Paris. Je prends le temps de souffler, sûrement en attente d’un client/patient en retard.

Puis, pour une raison que j’ignore, l’envie me prend d’ouvrir la fenêtre de droite et d’y passer la tête. C’est avec horreur que j’aperçois un crochet de grue me filer droit dessus. Dans un réflexe « intellectuel », je me rappelle de tous les cas de « person jacking » ayant eu lieu les derniers jours à Paris, et me vois déjà en une du prochain quotidien : « Encore un cas de person Jacking à Paris, monsieur G. enlevé ».

Je refuse. Ce ne sera pas moi. J’ai à peine le temps de voir l’hélicoptère qui allait me saisir dans ses serres tel un rapace enlevant un agneau, que je roule déjà pour éviter la griffe mortelle. Les bris de verre envahissent la pièce. Dès que la pluie cesse, je me relève promptement, et entends du bruit dans le couloir. Je me précipite vers mon bureau, quand deux commandos au drôle d’attirail lourdement armés font irruption en démolissant la porte. Je referme la lourde porte de bois sombre à deux battants au moment où ils ouvrent le feu sur moi. Je traverse sans tarder le bureau pour rejoindre le couloir, étonnement vide, et m’affaire à descendre les escaliers. Mes poursuivants continuent à me doucher, et je remercie les dieux qu’ils visent comme des manches.

Après quelques dérapages contrôlés et une course de survie effrénée sur tout un étage, je me dis que mes jeunes agresseurs finiront par rattraper mon vieux corps déjà au moins quarantenaire. Sans plus tergiverser, j’enjambe athlétiquement la rambarde et me jette dans le vide ! Je vois défiler au moins quatre étages avant d’amortir ma chute en me saisissant de la rambarde du premier, avant de me poser presque doucement au rez-de-chaussée. Visiblement, mon comportement a surpris mes adversaires qui ne reprennent la mitraille qu’une fois que je quitte l’immeuble.

Je me retrouve ainsi dans la vieille rue ensoleillée. Je n’ai mal ni aux mains, ni aux pieds, je ne suis ni effrayé ni essoufflé. Je prends ma droite et me remets en course sans me poser plus de question, dans la foulée. Je remonte la rue pavée sans vraiment savoir où je vais. Peu importe, je suis vivant, bien content de l’être et déterminé à le rester ! Rien ne peut plus m’arriver maintenant, je m’offre une seconde jeunesse.
Après avoir dépassé quelques voitures en stationnement, une jeune femme brune, cheveux libres, sexy et élégamment habillée, tente de m’arrêter. Par je ne sais trop quelle pirouette, je parviens dans mon élan à éviter qu’elle ne me tue, puis la neutralise ! Elle lève les mains, soumise, pendant que je la déshabille des nombreuses armes de poing qu’elle portait tels des bijoux. Parmi eux, un uzi mitrailleur (ou une paire, je ne sais plus). Je décide de ne pas lui causer plus de tort et tenter de la connaître un peu mieux. Elle s’appelle Stacey, sûrement une américaine. Lui accordant cette confiance toute relative, je me dissimule derrière une voiture en attente des deux zigotos en armure de space marines.

Ils débarquent, bêtement côte à côte. Il ne me reste plus qu’à débouler face à eux et les asperger l’un après l’autre d’une pluie de munitions. L’un après l’autre s’effondre, mais je poursuis le feu en variant les organes ciblés pour plus de sûreté, mais aussi plus de fun. Cette décision de vider mon/mes chargeurs sur ces jeunes gens, bien que motivée il est vrai par un esprit revanchard, est surtout guidée par la maxime « tuer avant d’être tué ». Légitime défense. J’éclate quasiment d’un fou rire jubilatoire. Une fois cet office achevé et la messe dite pour les gisants, nous cheminons plus tranquillement Stacey et moi, toujours dans la même direction, presque bras dessus-dessous. Presque.
Si j’ai pu lui prendre le bras, c’était pour la guider, voir la traîner. Si elle me suivait, c’était d’abord pour ne pas mourir. Il demeurait pas mal de tension entre nous deux. Ses yeux noirs de félin me criblaient de balles. Son visage fermé de femme fatale respirait l’élégance mais surtout la méfiance et la rancœur. A mes côtés alors que je n’allais nulle part, elle figurait une muse terrible.

D’ailleurs, elle finit par m’inspirer un nouveau mouvement de survie. Je me lasse d’elle et décide de m’en défaire. Rendu où je suis, cela ne fera pas grande différence pour moi qui ait déjà abattu deux hommes. Après tous ces coups de feu, un de plus ne changera rien aux oreilles des témoins. Je suis encore soumis à l’adrénaline et à l’odeur du sang et de la sueur. L’euphorie de ma toute puissance guerrière m’anime encore et règne sans partage dans mon organisme. Et puis cette femme est dangereuse. Elle me brisera le cou à mains nues dès que j’aurais le dos tourné, c’est sûr. Légitime défense. Je la brusque pour qu’elle me fasse face avant de lui administrer une décharge de révolver à bout portant. Mortellement touchée par mon baiser empoisonné, elle s’écroule sans un son.

Je continus mon bonhomme de chemin et débouche sur un large boulevard. Je ne vois rien, qu’un immense espace lumineux, je suis ébloui. Ce lieu ouvert me donne un mauvais pressentiment. J’ai également l’impression que tout le monde me regarde, alors que de mon côté je suis aveugle et perdu : quelle direction prendre ? En tout cas, je ne me sens pas en sécurité.

Mon malaise n’était pas infondé. Alors que l’idée de faire demi-tour s’impose à moi et que je m’apprête à tourner les talons, un sniper m’aligne proprement, comme un chasseur qui tire un lapin dans un champ. Je ne verrai jamais le visage de mon assassin, rien que la balle me frappant au torse et me traversant de part en part.

Dans un réflexe réponse à la fusillade, j’écarte les bras à l’horizontale, tel Jésus sur sa croix. Je ne saigne pas, ne souffre pas. Je souris de l’ironie de la situation : tout ça pour ça. Le jeu s’arrête ici et maintenant. Je chois en arrière lentement. Le sourire aux lèvres et les yeux fermés, je suis une feuille de platane qui touche doucement le bitume en automne. Le rêve s’achève en même temps que la vie du personnage que j’y incarne.

Interprétation :

Enfin un rêve où je suis content de moi et me vois dans le Paris des années 2030 réussissant ma vie tout en assumant ma cravate et ma chemise décontractée. Je me réjouis de sentir l’air estival de la capitale et de voir que la capitale est toujours internationale (avec la présence tout à fait normale d’une étrangère). Je suis optimiste, et je crois en ma réussite.

Toutefois, ce qui n’a pas changé, c’est la violence et la solitude qui règnent à Paris. La populace ne semble guère s’offusquer des coups de feu et spectateur de ce film, je me suis inquiété de la piraterie qui règne désormais sur la ville qui m’a vu naître et mourir.
Toutefois, je ne me laisse pas embarquer par cette déchéance, fais mon nid malgré un contexte chamboulé, et prends même les armes pour lutter de toutes mes forces contre les autres qui me veulent du mal. Paris n’est pas un village, mais une jungle. J’y dame le pion avec mes poings, ma tête et ma virilité, face à des ennemis nombreux et bien armés, mais idiots et lents. Et tous ces efforts pour finalement me faire bêtement abattre par un tireur d’élite. On a beau faire de son mieux, l’enfer, c’est les autres, ce qui n’est pas de notre ressort. Ma mort est aussi la preuve de la fragilité de la vie et de l’individu. Au premier faux pas, les autres ont eu ma peau.

L’exécution de l’américaine est encore un tournant. Je ne sais toujours pas comment manœuvrer cette jeune femme que j’admire autant que je la redoute. Au final, ma seule solution pour ne pas souffrir de notre relation est de la détruire, pour qu’elle ne me brise point. Même la fuite aurait été risquée, elle aurait put dissimuler une autre arme dans ses sous-vêtements. Et d’une certaine manière, j’ai assouvi au passage ma pulsion meurtrière basique tout en éprouvant sans honte un grand sentiment d’impunité. Par la force de la violence et de la destruction, j’exerce un pouvoir immense qui m’exalte.





Un peu de cinoche :


La mort aux trousses, 1959/ De Alfred Hitchcock, avec Cary Grant et Eva-Marie Saint. Plus d’informations.

Sin City, 2005 / Réalisé par Robert Rodriguez, Frank Miller, Quentin Tarantino, Avec : tout plein d’acteurs connus. Plus d’informations.


Un peu de zik :

Elle a les yeux révolver / Marc Lavoine, 1985